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Les coopératives amorcent un nouveau tournant dans le développement agricole et rural de Madagascar

L'initiative EDC

Une centaine de membres de coopératives agricoles, issus de 110 coopératives et venus de 16 régions du pays, ainsi qu’une centaine de représentants du gouvernement, du secteur privé et d’ONG internationales, ont participé au Forum des Coopératives, organisé fin février 2017 par le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) en partenariat avec le NCBA-CLUSA (National Cooperative Business Association, Cooperative League of the United States of America) et le soutien du Ministère de l’Industrie et du Développement du Secteur Privé (MIDSP).

Forum des coopératives à Madagascar

Les coopératives représentent un maillon précieux pour les industriels de l’agroalimentaire national et international. Elles permettent de limiter les importations d’aliments, de renforcer la structuration des filières et jouent un rôle positif dans la fluidification des échanges commerciales. Les coopératives peuvent faire la concurrence aux intermédiaires et commerçants, qui pour l’heure retiennent la plupart des marges obtenus dans les transactions commerciales. De plus, en s’agroupant en coopératives, les agriculteurs augmentent nettement leur pouvoir de négociation vis-à-vis des intermédiaires.

« Les potentiels sont énormes à Madagascar mais ils ne sont pas suffisamment explorés. A travers la promotion et la mobilisation des coopératives, on pourrait avancer plus vite », a affirmé Gabriel Sarasin, représentant du NCBA-CLUSA.

Formation au modèle de coopérative de nouvelle génération

Pendant les trois premiers jours du Forum des Coopératives, les agriculteurs et dirigeants des coopératives ont suivi une formation sur les modèles de coopératives dites de nouvelle génération. L’objectif de la formation: instiller des concepts aux participants qui leur permettent de passer d’un modèle d’association communautaire à un modèle d’entreprise coopérative intégrée dans la chaîne de valeur.

Selon le Dr. Nicola Francesconi, conseiller technique sénior au CTA, l’idée de cette formation c’est aussi de rompre avec le vieux modèle coopératif traditionnel et communautaire.

« Dans le passé, à Madagascar et dans d’autres pays en Afrique, la plupart des coopératives ont été gérées d’abord par les fonctionnaires coloniaux, ensuite par l’état. Le mot « coopérative » est encore à connotation négative pour beaucoup de personnes, surtout pour les paysans. Nous voulons changer l’image des coopératives en Afrique et sensibiliser les participants à l’idée qu’une coopérative peut devenir une entreprise performante et génératrice d’emploi. Et qu’elle peut le faire en honorant les principes coopératifs de base. Les producteurs seront toujours les propriétaires et décideurs principaux des coopératives. »

Les problèmes évoqués par les membres des coopératives

Les membres des coopératives ont eu aussi l’occasion de faire part de leurs problèmes, d’aborder les éventuelles solutions et d’identifier leurs attentes vis-à-vis des acteurs impliqués dans le développement des coopératives à Madagascar : le MIDSP, les bailleurs de fonds internationaux, les investisseurs privés, les fournisseurs de services et les chercheurs.

D’après Tovo Aina Andriamampionona et Nirina Razafimanantsoa, élus porte-paroles par les membres des coopératives participantes, le problème principal demeure dans l’accès insuffisant au marché, à cause de l’existence de collecteurs informels ou irréguliers, qui exploitent souvent les coopératives. Parmi les solutions qu’ils évoquent : l’organisation de salons et foires agricoles par filière et le couplage entre les coopératives et les acheteurs, aussi par filière ou chaîne de valeur. Ils ont également souhaité que des plateformes d’échange pour les acteurs impliqués dans chaque filière soient mises en place, et ont demandé la mise à jour des informations sur les marchés, surtout extérieurs.

« Nous prônons la création d’un environnement favorable afin que chaque coopérative puisse se constituer en filière et répondre aux besoins du marché », précise Nirina Razafimanantsoa. Quant aux aspects fiscaux, Tovo Aina Andriamampionona explique que « dans la législation applicable aux coopératives il y a un problème de double imposition car la coopérative paye un impôt sur les revenus et le paysan doit aussi payer l’impôt sur le revenu intermittent. Les membres d’une coopérative doivent ainsi payer deux fois ».

Le ministère s’engage à soutenir les coopératives de nouvelle génération 

Après deux jours d’échanges et de débats entre le MIDSP, les membres des coopératives, les agences de développement et bailleurs de fonds, le ministère a conclu d’articuler une nouvelle stratégie nationale de développement des coopératives ainsi que réviser le cadre légal en vue de soutenir la transformation des coopératives actuelles vers des entreprises inclusives et viables, ayant une capacité accrue à s’intégrer verticalement dans les chaînes de valeur.

« Les coopératives sont des pourvoyeurs d’emplois. Leurs activités sont souvent limitées à la production, alors qu’elles peuvent faire encore plus avec un petit coup de pouce. C’est pourquoi le ministère prévoit d’intégrer les coopératives dans les projets d’industrialisation rurale à partir des filières porteuses, et de mettre en place un système de financement plus adéquat », a annoncé le Secrétaire Général du MIDSP.

Les experts aident à préparer le terrain 

Les organisateurs de l’évènement ont également formulé des recommandations finales. Ces dernières se basent sur la recherche menée à Madagascar en parallèle au Forum, ainsi que dans 6 autres pays Africains dans le cadre du projet EDC (Enhancing Development through Cooperatives, soit ‘améliorer le développement à travers les coopératives’). Le groupe d’experts et chercheurs a souligné que le développement d’une nouvelle génération de coopératives doit générer des opportunités d’emploi rural, surtout parmi les jeunes et les femmes qui ont du mal à accéder aux terres arables et qui ne voient pas de futur dans l’agriculture.
En outre, ils s’attendent à ce que la nouvelle stratégie nationale fournisse de meilleures garanties pour l’intégration verticale des coopératives, notamment à travers des contrats exécutoires entre les coopératives et ses membres, ainsi qu’entre les coopératives et les acheteurs en aval. Selon Francesconi, « si les coopératives sont mieux intégrées dans les chaînes de valeur, elles auront plus de chances d’obtenir du crédit : l’intégration verticale et les contrats de vente rassureront les institutions financières et les convaincront à octroyer des prêts aux coopératives. »

D’autres opportunités résident dans la possibilité d’apporter du sang neuf aux cadres dirigeants des coopératives, poursuit Francesconi. « La limitation principale des coopératives traditionnelles c’est qu’elles sont presque toujours gérées par des agriculteurs hommes, plutôt âgés qui n’ont souvent pas accédé à l’éducation formelle et qui sont élus principalement en raison de leur rôle de chefs coutumiers ou communautaires. La plupart des participants au Forum des coopératives de Madagascar appartenaient à cette catégorie », ajoute-t-il. En contrepartie, il pourrait y avoir au sein du leadership des coopératives plus de jeunes et femmes, possiblement diplômées, ayant un esprit entrepreneurial et sachant tirer parti des opportunités offertes par les nouvelles technologies de l’information et de la communication. « Former ces dernières à aider le leader traditionnel leur permettrait de fournir des services innovants aux coopératives ». Cette nouvelle génération de dirigeants contribuerait aussi à réduire l’accaparement des ressources par les élites rurales et à renforcer les liens entre les coopératives et les chaînes de valeur », conclut-il.
Pour ce faire, au cours des prochains mois, le CTA et NCBA-CLUSA créeront une unité de prestataires de services qui conseillera et accompagnera quelques coopératives à Madagascar. Les prestataires  dispenseront des connaissances, outils et services d’appui pour que ces coopératives développent le potentiel d’approvisionner des chaînes de valeur. Une fois le soutien financier du CTA et de NCBA-CLUSA terminé, les coopératives devraient être à même de rémunérer les prestataires des services.
CTA et NCBA s’occuperont également du suivi et de l’évaluation de l’impact généré par ces services. Les résultats du suivi et de l’évaluation seront mis à disposition d’un comité interministériel, qui sera également formé au cours des prochains mois pour réviser la stratégie et législation nationale. Grâce à une stratégie conçue sur la base des besoins des chaînes de valeur et des lois plus flexibles, les coopératives pourront incorporer les services d’appui et les prestataires dans leur structure et parmi leur personnel.

Ressources

En savoir plus

Coopératives de nouvelle génération – Dossier spécial, Spore, mars 2017

 

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